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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 15:08
Gérard Cabus dans son atelier

Gérard Cabus dans son atelier

 

 

Il est originaire d’une belle famille française, républicaine et laïque, romanesque en diable, intellectuelle, avec un père professeur de français-histoire-géo et un grand-père maternel maîtrisant le latin et le grec appris à la fin du XIXe siècle chez les Jésuites. Leurs destins se sont croisés après la Grande Guerre sur un bateau partant pour Alexandrie et une famille s’est construite au sein de cette ville égyptienne quelques années plus tard. Réfugié pour l’un, avec sa famille chassée de Smyrne par les Turcs ; émigré sous contrat de l’Éducation nationale pour l’autre, avide de voyages et de connaissances. Le roman du peintre Cabus a donc débuté  le 21 janvier 1928 à Alexandrie. Fils unique, il sera, dès son plus jeune âge, confronté à un brassage culturel d’importance dans les petites classes du lycée de la ville dirigé par son père.

 

Au milieu d’enfants égyptiens, érythréens, turcs, ou éthiopiens, le jeune Cabus s’ouvrira au monde cosmopolite et pauvre qui l’entoure. Très tôt aussi, il dessine. Pouvait-il alors ne pas prendre le contrepied de cet imposant cercle familial en choisissant une autre voie – celle-là non tracée -, sinon par ses crayons et pinceaux ? Ne déclarait-il pas à son père dès l’âge de huit ans : « Je veux être peintre. » Plus tard, cet homme éclairé l’entendra. « Mon père m’a ouvert les yeux sur la peinture, il m’a fait découvrir les cubistes, les fauves et d’autres courants picturaux qui foisonnaient entre les deux guerres. »

 

Cependant, le retour en France de la famille Cabus va se dérouler à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Nouvelles peurs, nouveaux déchirements pour ces Français rapatriés. Le père de Gérard Cabus est muté à Tournon-sur-Rhône, en qualité d’inspecteur primaire. Cabus me dit « avoir à cette époque sombre dessiné à tour de bras » en racontant des histoires qu’il illustrait dans un journal qu’il avait réalisé. Nouvelle mutation du père en 1944, mais à Lyon, cette fois. Cabus rejoint alors ses parents en 1945 et entre au lycée du Parc dans le VIe arrondissement de la ville. Deux ans plus tard, il franchit les portes des beaux-arts de Lyon sans aucun diplôme pour devenir dessinateur d’illustrations. Tout en étudiant, il apprend le métier de taille-doucier chez un imprimeur lyonnais et fréquente une classe de décoration. Il dessine également du modèle vivant. Cependant, il quittera les beaux-arts de Lyon d’où il sera finalement exclu. Il suit alors des cours de peinture le soir et travaille avec le graveur Barbier. Il déménage de nouveau avec ses parents dans la région parisienne et entre à l’École Estienne en 1951.

 

Sous la direction de MM. Coté et Mercier, il apprend la gravure à l’eau-forte et la lithographie. Par la suite, il améliorera ses connaissances en peinture sous la houlette du professeur Lombard à la Ville de Paris. Ne pouvant obtenir de parrainage, il abandonnera à regret le métier d’illustrateur de livres. Après avoir fait à peu près le tour des Arts graphiques, il va enfin exercer son métier de peintre qu’il avait choisi dès sa prime enfance. Partageant une chambre de bonne à Paris avec sa première épouse, elle-même metteur en page et graphiste, il va mener une dure vie de bohème partageant son temps entre Paris et les Baux-de-Provence, où il peindra pendant cinq ans. Il y rencontre Louis Jou, prestigieux peintre-graveur et typographe espagnol, ami du grand modèle Kiki de Montparnasse. Il revient sur Meudon où il peint de grands formats. A cette époque, il est remarqué par l’artiste peintre Vieira da Silva. Par son intermédiaire, il expose à la Galerie Pierre Loeb où il signe un contrat avec d’autres artistes déjà célèbres tels Kallos, Macris, Dufour et Georges Romathier.    

                                                 

"Je peins au pastel sec..." 

     

Cabus restera fidèle  à cette galerie jusqu’en 1961, la riche clientèle américaine et belge, ainsi que les Filatures du Nord, disparaissant progressivement. Il faut d’ailleurs préciser que dès 1959, le marché de l’art parisien se déplacera à New York, Paris perdant inexorablement sa place de leader. Gérard Cabus exposera pendant cette période encore faste, entre autres, au Salon de Mai créé par un groupe de peintres, sculpteurs et graveurs, en octobre 1943, pour s’opposer à l’idéologie nazie et lutter contre sa condamnation de « l’art dégénéré ». L’année 2014 aura vu la dernière édition de ce salon avec un hommage appuyé rendu aux quelque cinq mille artistes qui ont participé à cet événement annuel pendant soixante-sept ans. Il participe également au Salon d’Automne et au Salon des Réalités Nouvelles fondé en 1946.

Aujourd’hui, il continue de peindre, mais il a abandonné l’huile, car «… la préparation technique de la toile à l’état brut, à la colle de peau et au blanc de Meudon, me revient trop cher et ma petite retraite ne suffit pas », souligne-t-il. « Je peins au pastel sec depuis plus de cinq ans, je réalise des gouaches et m’intéresse à l’aquarelle. J’écris mes Mémoires pour ma famille et je travaille sur ordinateur », en désignant son petit bureau qui jouxte l’atelier.

 

Dans son appartement-atelier du XIIIe arrondissement de Paris, Gérard Cabus m’a parlé pendant plusieurs heures à cœur ouvert de sa vie, de façon intarissable – « une véritable saga » - d’une vie toujours pleine d’espoirs, avec son éternel sourire. « Je n’ai jamais eu de diplôme, me dit-il, et je tiens à le dire, c’est pour moi un honneur ! » Sa modestie dût-elle en souffrir, j’ai découvert un artiste complet aux connaissances approfondies. Et là est le principal. Longue route Gérard !

Pour la Rédaction :

Pierre-Émile GIRARDIN

Art'issime n° 36

30 juin 2015

Photos PEG et Cabus

 

 

ST, pastel sec, 50 x 65

ST, pastel sec, 50 x 65

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 22:10

Ce très chaud mois de juin 2019, nous nous en souviendrons... 44 degrés au thermomètre. Il en a fallu du courage à l'exposante et à ceux qui l'ont entourée pour accrocher la centaine d'aquarelles au sein de ce bâtiment du XIIe siècle. Un accrochage parfois sensible pour quelques grandes aquarelles qui allaient apporter pendant un mois leur douceur colorée aux restes du dernier prieur gisant au fond de la fosse!!!

Ainsi, quinze ans après sa première exposition, la talentueuse Jocelyne Chauveau, l'enfant du pays, est revenue sur ce lieu de Culture prestigieux du Berry, à deux pas de l'abbaye de Noirlac, accompagnée chaque jour par une nuée d'hirondelles et autres joyeux oiseaux venus prendre la fraîcheur dans le vieil édifice, avant d'aller tremper leurs pattes dans le Cher tout proche. Cet été, Jocelyne Chauveau nous a invités à découvrir des œuvres à la limite de l'abstraction, mais  où la poésie est toujours présente. Pour en arriver à ce degré de perfection, elle a commencé à dessiner à cinq ans et ne s’arrêtera plus. Dans la nature, son sens de l'observation fait merveille. Après avoir fréquenté assidûment l’École d’art et des Arts appliqués de Saint-Amand-Montrond et poursuivi de brillantes études de latin-grec, elle entrera à la Sorbonne-Institut d’art à Paris, où elle obtiendra sa maîtrise d’histoire de l’art. 

Patience et persévérance

La peinture à l’aquarelle la séduit depuis longtemps : « J’ai été attirée par la puissance suggestive de cette technique : espèce de concentré entre l’idée et le geste, entre le concept et la forme que je donne à celui-ci, avec un minimum de gestes sur le papier. Et puis, me dit-elle, quelle belle aventure que l’aquarelle lorsque je mélange avec harmonie l’eau et les pigments sur le papier. » A ma question de savoir quelles sont, selon elle, les qualités premières que doit avoir un peintre à l’aquarelle, sa réponse fuse : « C’est la patience et la persévérance que je place en premier parmi beaucoup d’autres, et notamment, la sûreté du coup de pinceau alliée à la prise rapide des décisions. » J’ai vu cette belle artiste, modeste et raffinée, dessinatrice hors pair, exécuter le 23 juin dernier, en démonstration publique, le portrait aquarellé d'une jeune fille de la région directement au pinceau, mouillé dans le mouillé, sans aucune préparation préalable, ce qui est rare. Sociétaire des Artistes français, en janvier 2007, et de la Fondation Taylor, elle vient d’obtenir, entre autres nombreuses distinctions, la médaille de Vermeil de la Ville de Paris. Elle expose aussi bien en France qu’à l’étranger depuis de nombreuses années.

Et elle conclut notre entretien en rappelant : « Le premier degré de la recherche, c’est la lumière; c’est elle qui construit les masses et détruit les contours des formes, c’est elle qui guide l’œil vers le point focal ou vers la sortie du tableau. La beauté ? Je sais voir d’instinct quand quelque chose est beau ou pas, mais je ne sais pas définir la beauté. La beauté est souvent quelque chose qui écrase. Je ne la cherche pas, si elle s’installe, tant mieux ; je ne la cherche pas, mais je me contrains à certaines règles de composition et d’harmonie, comme en musique. » 

Puis elle se retourne d'une pirouette. Tout était dit... ou presque.

Pour le magazine Art'issime

Marc ALAVOINE

 

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 16:26

Chers artistes, lecteurs et partenaires,

Dix-huit mois d'absence quasi totale de nos colonnes nous ont permis de nous reposer, mais également - et surtout - de réfléchir longuement sur ces onze dernières années de dur labeur passées à faire vivre bénévolement une presse d'informations artistiques internationales totalement indépendante des pouvoirs quels qu'ils soient. Cependant, cette parenthèse s'achève car l'association éditrice Les Amis d'Art'issime nous interpelle à nouveau en ce printemps 2019. Contraints et forcés en fin d'année 2016 par des raisons pécuniaires de cesser momentanément notre publication sur support papier, nous allons tenter de maintenir ce blog afin de réunir de nouveau les quelques milliers de lecteurs qui nous avaient fait confiance dans les périodes les plus fastes de cette dernière décennie. Notre prochain conseil d'administration sera amené à se prononcer sur les initiatives à prendre et nous vous tiendrons informés des décisions qui vous seront soumises.

En attendant, le magazine Art'issime renouvelle ici ses pages musicales, picturales et littéraires à votre intention.

Bonne lecture !

Amitiés à tous.

Pierre-Émile GIRARDIN

 

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 17:46
Attentats à Bruxelles : le monde en résistance colorée

Notre magazine relaie sur tous ses réseaux artistiques le message de Roland Palmaerts, ci-dessous, à la suite des lâches attentats de ce matin à l'aéroport international de Zaventem et à la gare de Maelbeck de Bruxelles.

Toute la Rédaction d'Art'issime, ses nombreux amis artistes et journalistes s'associent à la démarche de Roland Palmaerts, artiste peintre de renom, et présentent leurs sincères condoléances au peuple belge, à ses représentants, avec qui nous entretenons des liens d'amitié depuis très longtemps.

Après le musée Juif de Bruxelles, Charlie Hebdo, le Stade de France et le Bataclan ... c'est bien la Culture et le sport qui ont été visés. Aujourd'hui, ce sont encore des innocents qui sont touchés de plein fouet.

Résistons à cette barbarie mortifère avec nos moyens intellectuels et artistiques.

La Rédaction d'Art'issime

A Paris, le 22 mars 2016

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A toutes les familles victimes.

A notre famille Royale Belge qui nous représente.

A vous tous mes amis artistes merci de relayer ce message à vos contacts respectifs, MERCI.

Je vous souhaite tout le courage et la détermination nécessaires par ces temps difficiles. Sur FB et mes adresses @, j'ai invité tous les artistes et tous les peintres du monde à se rendre dans leurs aéroports de proximité et peindre en signe de

"Résistance et de Représailles pacifiques et colorées".

La passion, la transmission aux enfants sont signes de paix, de liberté et de culture. Ne pas se laisser aller mais plutôt réagir, montrer l'exemple, un autre chemin : celui de la couleur et de l'amour.

Je serai personnellement avec mon chevalet à Zaventem* le lundi de Pâques dès 8 heures, jour et heure symboliques de ces tragiques événements. Probablement à la hauteur des stationnements Taxis pour ne pas encombrer davantage.

* Trouver une place - où ne pas déranger les va-et-vient, la sécurité et les travaux - ne sera pas facile. Mais voilà, de mon côté l'invitation vous est, à présent, lancée.

Je vous souhaite les meilleures suites et décisions possibles.

Avec toutes mes amicales pensées

A bientôt !

Roland Palmaerts

Artiste peintre

Bruxelles le 22 mars 2016

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  • : Publication d'un magazine trimestriel par des journalistes professionnels bénévoles. Titre : "Art'issime". Sous-titre : Arts et indépendance. La publication fonctionne sans publicité ni aide pour le moment. L'Association les Amis d'Art'issime (loi 1901) est éditrice du magazine "Art'issime" et consacre ses colonnes à l'art et aux artistes qui sont exclus des réseaux de "l'art officiel" et se font connaître dans les salons ou festivals.
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